2. Laïcité et voile

http://philosophie.ac-amiens.fr/sites/philosophie.ac-amiens.fr/IMG/pdf/Comte-Sponville_Laicite.pdf

Ce n’est pas l’athéisme. Ce n’est pas l’irréligion. Encore moins une religion de plus. La
laïcité ne porte pas sur Dieu, mais sur la société. Ce n’est pas une conception du monde ;
c’est une organisation de la Cité. Ce n’est pas une croyance ; c’est un principe, ou plusieurs :
la neutralité de l’État vis-à-vis de toute religion comme de toute métaphysique, son
indépendance par rapport aux Églises comme l’indépendance des Églises par rapport à lui, la
liberté de conscience et de culte, d’examen et de critique, l’absence de toute religion
officielle, de toute philosophie officielle, le droit en conséquence, pour chaque individu, de
pratiquer la religion de son choix ou de n’en pratiquer aucune, le droit de prier ou de
blasphémer, tant que cela ne trouble pas l’ordre public, enfin, mais ce n’est pas le moins
important, l’aspect non confessionnel et non clérical – mais point non plus anticlérical – de
l’école publique. L’essentiel tient en trois mots : neutralité (de l’État et de l’école),
indépendance (de l’État vis-à-vis des Églises, et réciproquement), liberté (de conscience et de
culte).

Comte-Sponville Dictionnaire philosophique

Cette problématique s’impose à intervalles réguliers dans les débats entre journalistes, intellectuels et décideurs politiques. Chacun à une stratégie qui lui est propre entre clientélisme démagogique, travail de sape des fondements de la république par le CCIF, allié vraisemblabement de la confrérie des Frères musulmans désirant voir la charia supplanter les lois de la république. Depuis les caricatures du prophète Mohammed par Charlie Hebdo et l’assasinat de Charb et se collaborateurs, il est sans dire que ce sujet touche non seulement notre raison mais également nos émotions.

La laïcité est donc avant tout une liberté accordée à la population et un principe de neutralité de l’état. Certains sont plus laïcs que laïcs et voudraient l’ériger au rang de religion d’Etat imposant à chacun de ne pas manisfester sa croyance dans l’espace public. Ce serait dévoyer la laïcité pour ce qu’elle est, un principe de neutralité de l’Etat par rapport aux religions et pour chaque religion un refus à régimenter la socièté par sa morale.

Dès les premiers siècles des groupuscules avaient tenté d’imposer par la force le Millénium, le royaume spirituel de Dieu sur terre. Saint-Augustin déjà devait dissocier deux cités, la cité terrestre et la cité de Dieu, c’est la protogénèse du concept de laïcité.

Les attentats djihadistes islamistes tentent de fracturer la socièté et opposer les croyants musulmans au reste de la population par fragmentations successives pour les isoler et exercer leur emprise. D’un autre côté le voile islamique, invisible il y a trente ans, est parfois utilisé de manière communautariste pour faire pression sur notre socièté, susciter des polémiques et forcer l’islam à se démarquer visiblement et ostensiblement de la société. Si l’on ne doit pas voir derrière chaque voile, une menace directe pour la socièté, nous ne pouvons pas non plus nous montrer angéliste et considérer qu’il n’existe aucun danger. Dans certains quartiers la pression est telle que ne pas porter le voile, est signe d’un manque de vertu et de chasteté. Certains imâms poussent même à l’ostracisme et aux exactions sur les musulmanes non voilées.

La femme non voilée n’a pas d’honneur et mérite le viol.

Rachid Abou Houdeyfa, imâm de Brest

La question concerne essentiellement l’islam de France lui-même qui peine à se séculariser, tiraillé entre fondamentalisme et ouverture. On n’imagine pas en France avoir un police du vêtement ou de l’alimentation et une mère voilée qui accompagne une sortie scolaire n’est pas forcément toujours radicalisée. Le voile en lui-même n’est qu’un signe, ne permettant pas de conclure sur un dégré de radicalisation. A l’intérieur de l’institution scolaire tout signe distinctif est prohibé, la dessus la loi est claire et précise.

Sur le plan légal légiférer sur cette question ne semble pas possible. Celà relève donc davantage du choc culturel concernant la civilité occidentale qui ne comprend pas pourquoi une femme doit ainsi se protéger des regards extérieurs. Pourquoi diaboliser ainsi le corps des femmes ?  Il est très facile d’assigner une personne sur la simple observation du port d’un vêtement. Comment dès lors lutter contrer les lobbies communautaristes sans se montrer totalitaire ?

Au nom de la laïcité, à Vesoul,  une religieuse catholique a été refusée d’une maison de retraite pour port du voile. Troublait-elle l’ordre public ? La laïcité ne doit jamais devenir un anti-cléricalisme. La position d’équilibre se trouve ailleurs que la pression de l’extrême droite ou d’un féminisme réclamant l’interdiction du voile au nom d’un laïcisme ultime ou l’angélisme béat de l’islamo-gauchisme prêt à toute compromission avec le communautarisme du CCIF et des frères musulmans à des fins électoralistes. A ce titre beaucoup de défenseurs des droits de l’homme, jadis de fervents laïcards, issus de l’extrême-gauche ou de la gauche caviar ont sombré dans un relativisme affligeant en abandonnant l’idéal universaliste des Lumières pour combattre « l’islamophobie », c’est à dire in fine toute critique à l’égard de l’islam. Les atteintes aux mosquées et aux croyants de confession musulmane sont à  condamner fermement mais au même titre que toute atteinte à un citoyen sur le sol de France. Un acte antisémite, anti-chrétien, anti-athée , anti-muslman anti-homosexuel reste et demeure un acte répréhensible par la loi contre un individu à part entière, peu importe sa confession de foi ou son orientation sexuelle. Il n’est pas interdit de compter les actes catégorie par catégorie mais cette concurrence du chiffre a quelque chose d’absurde et de choquant. La mort d’un juif, d’un musulman , d’un chrétien, d’un athée ou d’un homosexuel est toujours l’anéantissement d’un individu, transformé à jamais à l’état d’objet inanimé et ce sera toujours une mort de trop. 

Eviter hystérie concernant le voile mais aussi sa banalisation me semble être une position d’équilibre nuancée et responsable. 

Voir le blog de Jean-Michel Zakhartchouck à ce sujet: http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2016/04/24/voile-refuser-le-choix-entre-hysterie-et-banalisation/

 

 

 

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